15/01/2022

Dix ans après, le New Deal en Auvergne a-t-il tenu ses promesses ? On fait le bilan

Par admin2020


« J’ai eu un parcours un peu atypique. » Le projet pour lequel Anaëlle Goître avait été sélectionnée – qui consistait à lancer un web-magazine axé sur le tourisme collaboratif – n’a pas abouti. Arrivée à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) à l’été 2015 dans le cadre d’un New Deal digital financé par la région Auvergne et à destination des jeunes entrepreneurs, la jeune femme a toutefois persévéré.Anaëlle Goître a débarqué en Auvergne dans le cadre du New Deal Digital lancé en 2015. Si son projet initial n’a pas pu aboutir, elle s’est tout de même durablement installée en Auvergne.

Un temps salariée à Epicentre Factory, un espace de travail partagé aujourd’hui fermé, elle a finalement choisi de se reconvertir et de reprendre ses études. « Je me suis mariée avec un Clermontois, je suis aujourd’hui responsable RH dans l’Allier, et j’habite toujours dans le Puy-de-Dôme », raconte cette Lyonnaise d’origine, pour qui le New Deal a été un moyen de démarrer « une nouvelle vie » et qui, aujourd’hui « ne regrette rien du tout ».

Des assurances à la ferme (vide)

L’histoire d’Anna Verseils comporte quelques points communs avec celle d’Anaëlle Goître. Cette paysanne-boulangère est, elle aussi, venue de Lyon (Rhône) – où elle travaillait dans une compagnie d’assurances depuis plus de trente ans – et n’est jamais repartie de son Auvergne d’adoption. Le chemin qui l’a menée jusqu’à Olliergues a, ici encore, été quelque peu tortueux.

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Anna Verseils est arrivée dans le Puy-de-Dôme après avoir passé trente ans dans une compagnie d’assurance lyonnaise.
Le New Deal, Anna Verseils en a entendu parler alors qu’elle avait déjà entamé des démarches pour acheter des terres agricoles dans le Livradois-Forez, après avoir écumé une bonne partie du quart sud-ouest de la France. Grâce à lui, elle a bénéficié d’aides logistiques, administratives et financières de la part d’une coopérative d’entrepreneurs. Un soutien « précieux ». « Cela m’a permis, comme je continuais de travailler à mi-temps à Lyon, de faire les voyages ici pour lancer les travaux des ateliers (meunerie et boulangerie, puis une huilerie, NDLR) », se remémore-t-elle.

Au pays de Gaspard des montagnes, ce personnage tant apprécié de son grand-père du Chambon-sur-Lignon, Anna Verseils s’est officiellement installée en 2015, avec son mari, sur une exploitation de sept hectares, elle qui en visait vingt. « Ce qu’on a trouvé, qui n’était pas forcément ce qui était attendu, s’est accompagné de beaucoup d’efforts mais nous a procuré énormément de satisfaction. Ce n’est quand même pas rien de créer une petite ferme, surtout que je suis en train de la transmettre ! »

Interrogée sur le bilan qu’elle dresse à l’heure de la retraite (« pratique pour tirer des conclusions »), Anna Verseils est catégorique : « Si j’avais pu le faire plus tôt, qu’est-ce que ça aurait été bien ! »

« Se sentir plus qu’accueillie, désirée, c’est très important. »

« Faire un peu de buzz »

Comme Anaëlle Goître et Anna Verseils, 90 % des salariés nouvellement arrivés en Auvergne grâce au New Deal s’étaient installés durablement en 2017.

Pourtant, personne n’y avait jamais pensé avant.

Quand le New Deal a été lancé, à l’automne 2012, l’Auvergne souffrait alors d’un « problème majeur » aux yeux de Gérard Lombardi, à l’époque chargé de mission marketing territorial/emploi à l’Agence des Territoires d’Auvergne (l’ARDTA), à l’origine du dispositif financé par le Conseil régional :

La démographie était atone (1). Peu de talents s’installaient, donc on n’arrivait pas à satisfaire les besoins des entreprises en matière de recrutement. Or, si les entreprises ne trouvent pas, elles vont s’installer ailleurs, et on entre dans un cercle vicieux.

Il s’agissait donc d’aider ces entreprises, mais aussi de « faire un peu de buzz » autour de l’image qu’on se fait de l’Auvergne. Des fromages et des paysans, oui. Mais pas que.

Si la campagne promotionnelle n’a pas coûté très cher à la région (2), « la notoriété était fabuleuse », se réjouit encore Gérard Lombardi. « Cela a eu des effets positifs sur la perception des entreprises auvergnates en particulier et de l’Auvergne en général. »

Désormais, Gérard Lombardi travaille pour la Fédération des agences d’attractivité, de développement et d’innovation (le Cner) et accompagne ainsi des collectivités au niveau national. « Il n’y a pas une seule fois où je ne parle pas de l’exemple de l’Auvergne. Ce qui a été développé par rapport à ce besoin de renouvellement d’image n’a pas été encore copié de la même façon. Et pourtant, ce serait facile à faire ! »

En chiffres

Plus de 300 entreprises des quatre départements auvergnats ont publié au moins une offre New Deal.
Près de 400 salariés se sont installés, soit 1.000 personnes environ en comptant leur famille.
L’âge moyen du salarié était de 39 ans.

« Petit à petit, l’image de l’Auvergne a changé »

Le New Deal – qui a cessé d’exister en 2017 – s’est inscrit, rappelle Gérard Lombardi, dans une intense opération de « dépoussiérage » qui aura duré près de dix ans. La série décalée « Les Urbanophiles », dès 2007, mettait en scène des Parisiens à qui on offrait de s’installer en Auvergne.

« On a aussi fait une action à destination des jeunes familles, en 2015, avec l’opération “Vis ta life en Auvergne”, où des blogueurs avaient fait plusieurs vidéos. Et, petit à petit, l’image de l’Auvergne a changé. »

New Deal : la campagne de recrutement choc pour la région Auvergne fait le buzz

(1) Au 1er janvier 2012, l’Auvergne comptait, selon l’Insee, 1.354.104 habitants, soit 2,1 % de la population métropolitaine. Entre 2007 et 2012, la population régionale a progressé, en moyenne, de 0,2 % par an, moins vite qu’au niveau national (+ 0,5 %). « L’Auvergne se situe ainsi dans le tiers des régions les moins dynamiques », observait alors l’institut.

(2) Dans un bilan chiffré, l’ARDTA indique que le coût total d’une opération s’élève à 70.000 €, incluant les frais de communication d’environ 30.000 € par opération.

Pauline Mareix